Qui-vive, vol. 40 (février 2020)

Ce mois-ci, une infolettre à saveur internationale, avec plusieurs soubresauts quant à la pratique de l’euthanasie dans le monde. Alors que plusieurs institutions de soins qui refusent “l’aide médicale à mourir” subissent de plus en plus de pression (sans parler des individus), notre décryptage du mois aborde la difficile mais cruciale question de l’objection de conscience. Bonne lecture!
CANADA : Les évêques mettent en garde Justin Trudeau
BELGIQUE : Les médecins acquittés, retour sur l’affaire Tine Nys
FRANCE : Changement de réglementation envisagé pour la sédation palliative continue
31 janv. 2020 – Dans une lettre adressée au premier ministre Trudeau, le président de la Conférence des évêques catholiques du Canada a exprimé ses vives inquiétudes face à la volonté du gouvernement d’élargir l’accès à l’euthanasie. La lettre critique aussi le questionnaire (biaisé) mis en ligne par le gouvernement.
6 fév. 2020 – Trois médecins mis en accusation, une personne souffrant de troubles psychiques euthanasiée. Un procès inédit en Belgique qui soulève de nombreuses questions, à commencer par l’indépendance des médecins et la banalisation de l’euthanasie.
10 fév. 2020 – Dans une recommandation adressée aujourd’hui au gouvernement, la Haute autorité de santé (HAS) appelle à une « meilleure » prise en charge de la fin de vie en favorisant le mise en pratique de la sédation palliative continue, prévue dans la loi Claeys-Leonetti.
PAYS-BAS : Les demandes d’euthanasie en hausse de 22%
ESPAGNE: Premiers pas vers l’euthanasie
FRANCE: Nouvelle BD pour “l’homme étoilé”
10 fév. 2020 – En 2019, la clinique d’euthanasie de La Haye, qui accueille les patients que leur médecin traitant refuse de conduire à la mort, a reçu 3122 demandes, soit 22% de plus que l’année précédente.
12 fév. 2020 Le gouvernement espagnol a obtenu le feu vert de la Chambre des députés pour lancer l’examen d’un projet de loi légalisant l’euthanasie.
L’homme étoilé, l’infirmier français de soins palliatifs qui illustre son quotidien sur Instagram (avec plus de 110 000 abonnés) sort une bande-dessinée intitulée “À la vie”. Avec délicatesse et humanité, il raconte son quotidien auprès des malades.
Pourquoi le droit à l’objection de conscience?
Par Maxime Huot Couture, directeur par intérim de Vivre dans la Dignité et doctorant en éthique et philosophie politique Les développements techniques de la médecine suscitent de nouvelles questions éthiques, d’autant plus que nous avons aujourd’hui élargi son champ d’intervention non pas seulement à la guérison, mais à l’existence même des individus, comme par exemple dans le cas de l’euthanasie. Dans ce contexte, certaines personnes mettent de l’avant le concept « d’objection de conscience » pour éviter d’être forcés à faire des actes qu’ils désapprouvent. Or, dans ce débat, d’autres soutiennent que le droit à l’objection de conscience n’est pas absolu, puisque c’est l’intérêt du malade ou du « client » qui doive primer. En effet, disent-ils, on ne doit pas empêcher quelqu’un de recevoir des services médicaux reconnus à cause des « croyances », religieuses ou morales, des professionnels de la santé L’objection de conscience est bel et bien un droit, et un droit absolu. La raison première est que l’objection de conscience n’est pas, comme ses détracteurs l’affirment, avant tout une affaire de croyances religieuses ou morales. La conscience est un plutôt un « sens interne de rectitude », une conviction que telle ou telle action précise est bonne ou mauvaise. La conscience est donc un jugement sur le bien-fondé, ou non, d’une action. Ainsi, le refus d’un professionnel de la santé d’accomplir un acte particulier est justifié par la conviction que cet acte est mauvais pour le patient. Le professionnel de la santé ne refuse pas d’agir pour s’assurer le respect de ses croyances, mais justement pour s’assurer du bien-être de son patient, puisque cela est le but même de sa fonction. Bien sûr, plusieurs professionnels de la santé peuvent avoir des jugements différents. Il est possible qu’un d’entre eux se trompe. C’est pourquoi on ne peut simplement invoquer l’autorité de la conscience pour avoir le droit de faire ceci ou cela. Or, l’enjeu de l’objection de conscience est autre. Il s’agit plutôt du droit de ne pas faire une action considérée comme mauvaise. Si on obligeait quelqu’un à agir contre sa conscience, alors ce serait une atteinte à son intégrité. Et qui voudrait avoir un médecin sans intégrité, c’est-à-dire un médecin qui accomplit certaines actions sans se soucier des conséquences pour son patient? Il n’est pas avantageux pour le patient que son médecin soit « neutre » et qu’il obéisse à toutes ses demandes même si elles sont mauvaises pour lui. Il faut donc comprendre que l’objection de conscience n’est pas un refus de soigner, mais la volonté de soigner différemment, en phase avec le meilleur jugement du professionnel de la santé.
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