La dignité humaine est le principe éthique le plus fondamental. On peut le résumer avec la formule célèbre du philosophe des Lumières Emmanuel Kant : Toute personne existe comme une fin en elle-même, et non pas simplement comme un moyen dont on pourrait user à son gré.

La dignité humaine implique la révérence, le respect et la protection envers chaque personne, comme un être libre et doté d’une histoire toujours unique.

La dignité humaine n’est donc pas relative au statut social, ni à la performance physique ou intellectuelle. Parmi les lois les plus anciennes de l’humanité, on reconnaissait déjà ce principe, comme en témoignent les Lois de Manu en Inde : « Les enfants, les vieillards, les pauvres et les malades doivent être considérés comme les seigneurs de l’atmosphère ». La Charte universelle des droits de l’homme reconnaît aussi ce principe en affirmant que toute personne possède des droits du seul fait de son humanité. C’est ce qu’on appelle la dignité intrinsèque, qui ne dépend d’aucuns facteurs extérieurs (extrinsèques).

Une personne ne perd jamais sa dignité. Même la maladie la plus grave ou la condition la plus servile ne peuvent rendre un être humain indigne. Il peut bien sûr y avoir des atteintes à la dignité, comme l’exploitation, le meurtre ou l’abandon, mais toujours une personne conservera sa dignité fondamentale, qui fonde ses droits humains. C’est pourquoi l’expression « Mourir dans la dignité » est trompeuse, puisqu’elle sous-entend qu’une personne puisse perdre sa dignité avec la maladie ou la vulnérabilité.

La dignité humaine est fondée sur la valeur supérieure de l’être humain, doué de raison et donc de liberté. On appelle conscience ce souci proprement humain de bien agir et de pouvoir juger de la bonté ou de la rectitude de nos actions envers nous-même et envers les autres.

Être humain, ce n’est pas simplement être une intelligence, être une liberté ou seulement un corps. C’est être tout cela à la fois (un individu est « indivisible »). La dignité humaine suppose une vision intégrale de la personne. C’est pourquoi une personne dont les facultés mentales sont affaiblies possède également une dignité humaine, et de même pour une personne souffrant d’un handicap physique. De la même façon, une personne qui perd la mémoire demeure digne, puisqu’elle possède toujours un corps en vie, une personnalité et une histoire bien à elle qui demeurent et progressent dans le regard et l’affection des autres.

Cette vision intégrale se fait voir par exemple dans la façon civilisée de traiter les défunts. Bien que la vie, et donc la liberté et la raison, ne soient plus présentes, tous reconnaissent le devoir fondamental de respecter la dépouille, de lui donner une sépulture, etc.

L’être humain est un être fondamentalement relationnel. La perception de notre propre dignité implique toujours le regard et la présence des autres, ainsi que notre capacité à contribuer à un groupe, que ce soit la famille, une association ou la communauté politique.

Aucun individu n’est pleinement indépendant. La condition humaine en est une de fragilité et d’incomplétude. Tous ont alors besoin de la présence des autres pour se développer et jouir de l’existence, par exemple dans le travail ou l’amitié. Cette dépendance est constante et ne fait que s’accroître au moment de la fin de vie.

L’autonomie parfaite, sans dépendance et sans fragilité, est donc une illusion. Aucune personne n’est auto-suffisante et omnisciente; souvent nos choix sont affectés par l’isolement, la détresse, la souffrance ou la peur. L’autonomie de la personne ne peut se comprendre que dans un contexte d’interdépendance. La vulnérabilité doit ainsi susciter l’ « allonomie » (Louis-André Richard), soit le besoin régulateur de relations significatives et bienveillantes.

La première obligation qui découle de la dignité humaine est de préserver la vie des personnes, et d’en assurer la sécurité.

La deuxième est d’œuvrer à l’épanouissement humain de toute personne, de lui reconnaître une personnalité unique et une participation à la communauté (reconnaissance).

La troisième est de faire preuve de compassion dans les moments de difficulté et de détresse. Toute personne mérite de recevoir une sollicitude et un soin adaptés à sa condition particulière.

Il est parfois éthique d’arrêter certains soins, lorsque ceux-ci ne peuvent plus contribuer au mieux-être de la personne. La technique médicale et les soins qui l’entourent doivent accompagner la vie et la guérison, et non pas les remplacer totalement.

Pour bien agir face à la vulnérabilité, on doit donc ajouter à la morale de la dignité humaine une éthique du soin, dont Vivre dans la Dignité fait aussi la promotion et sur laquelle nous pouvons offrir de l’information et des conseils.

Thomas de Koninck, De la dignité humaine, Paris, Presses Universitaires de France, 1995.

Louis-André Richard, La cigogne de Minerve. Philosophie, culture palliative et société, Québec : Presses de l’Université Laval, 2018.

Tristram Engelhardt, The Foundations of Bioethics, Oxford, Oxford University Press, 1996.