Quand proposer l’AMM ne passe pas, le récit d’une jeune Belge qui demande l’euthanasie pour trouble mental et la consultation sur la constitution du Québec

Bonjour,

Une brève introduction à cette édition dans laquelle nous revenons sur l’actualité des derniers jours, dont une chronique percutante de Mylène Moisan dans Le Soleil et le cas troublant de Siska De Ruysscher, jeune Belge de 25 ans, dont le récit interpelle directement le Canada à l’heure du débat prochain sur le projet de loi C-218 et l’AMM pour trouble mental au pays.

Nous vous partageons aussi les dernières infos sur la consultation générale entourant le projet de constitution du Québec et sur la place qu’y occuperont les enjeux de fin de vie. Nous comptons bien sûr y participer en votre nom!

Excellente fin du mois d’octobre de la part de toute notre équipe,

Jasmin Lemieux-Lefebvre
Coordonnateur
Réseau citoyen Vivre dans la Dignité

Ajout: Nous apprenons le décès de l’auteur de « La bioéthique, repères d’humanité », l’archevêque émérite de Rimouski et biologiste de formation Bertrand Blanchet. Notre réseau citoyen salue ses nombreuses interventions au fil des ans en faveur de la dignité humaine. Nos condoléances à sa famille et ses proches.

L’aide médicale à mourir, ça vous dit?

Tel est le titre de la chronique de Mylène Moisan parue dans le Soleil du 18 octobre dernier.

Extrait : Mais la travailleuse sociale venait lui proposer tout autre chose, ses options de fin de vie. Une en particulier: l’aide médicale à mourir. (…) Le principe, c’était: « si tu décides de lâcher prise et de signer ton AMM, tu vas avoir beaucoup plus de qualité de vie ».

Voici le commentaire signé de notre coordonnateur et publié sous l’article :

« Chapeau à Nicolas et Noémie d’avoir porté plainte. Un comportement inacceptable, qui n’est malheureusement pas exceptionnel.

Rappelons-nous qu’en décembre 2015, lors de la mise en vigueur de la Loi concernant les soins de fin de vie, la bonne pratique était d’attendre que le patient mentionne l’aide médicale à mourir avant que quiconque l’aborde avec lui. Ce n’est malheureusement plus le cas 10 ans plus tard. Oui, je ne doute pas que la plupart des mentions de l’AMM par des professionnels de la santé sont faites dans un but d’information, mais des cas comme celui de la travailleuse sociale exposent un réel problème qui touche également les personnes en situation de handicap.

Cette chronique est publiée quatre jours après le témoignage de Mme Krista Carr d’Inclusion Canada au Comité permanent des finances (FINA) de la Chambre des communes. Voici ses paroles (traduites de l’anglais): « Les personnes handicapées ont maintenant très souvent peur de se présenter dans le système de santé pour des problèmes de santé ordinaires, car on leur suggère parfois l’AMM comme solution à ce qui est perçu comme une souffrance intolérable ».

On semble rendus là, oui.

Et on devrait corriger la situation.

PS Il est toujours temps d’appuyer Nicolas et Noémie, maintenant à 65% de leur objectif sur le GoFundMe « Aidez Nicolas Bergeron, 45 ans, cancer incurable ».

On peut entendre les paroles de Mme Kristi Carr à 16:45:15, ici https://parlvu.parl.gc.ca/Harmony/fr/PowerBrowser/PowerBrowserV2?fk=13158109 ou via cette publication virale du député Garnett Genuis https://www.facebook.com/reel/1380014227072784

***

Deux jours plus tard, Le Soleil publiait cette lettre ouverte de Louis Cummins , philosophe et retraité de l’enseignement:

Extrait :  L’histoire de Nicolas est une histoire d’horreur. Après s’être vu privé de l’attention et des soins auxquels il devait s’attendre, voici qu’on s’obstine à lui montrer une autre porte, celle de recourir aux services qui l’expédieraient outre du monde.

En Nouvelle-Zélande, les professionnels de la santé ne peuvent pas proposer l’aide à mourir à leurs patients. C’est à la personne concernée d’aborder le sujet avec son équipe soignante. Il s’agit là d’une balise importante de leur loi qui devrait nous inspirer.

AMM et trouble mental – le récit de Siska doit faire réfléchir le Canada

Siska De Ruysscher, une jeune Belge de 25 ans, a obtenu l’autorisation d’euthanasie pour souffrances psychiques. Le 3 octobre dernier, elle a publié sur Instagram une longue lettre ouverte qui fait jaser dans les médias flamands. Les partisans estiment que son choix relève du droit à l’autonomie et que la loi belge encadre strictement ces situations (plusieurs avis médicaux, procédures longues). Les opposants jugent qu’à 25 ans, l’incurabilité est difficile à affirmer, et craignent que l’euthanasie devienne une réponse au manque de soins plutôt qu’à la maladie elle-même.

À ce jour, la lettre ouverte de Siska n’est disponible qu’en néerlandais sur sa page Instagram. Nous l’avons traduite en anglais et en français sur notre blogue, avec du contenu supplémentaire provenant de médias flamands :

https://vivredignite.org/le-recit-de-siska

Le récit de Siska doit faire réfléchir les élus canadiens alors que le débat sur le projet de loi fédéral C-218 reprendra cet automne. Ce projet législatif privé (présenté sous un angle non partisan par la députée conservatrice Tamara Jansen) compte modifier « le Code criminel afin de prévoir qu’un trouble mental n’est pas un problème de santé grave et irrémédiable à l’égard duquel une personne pourrait recevoir l’aide médicale à mourir » .

Il s’agit d’une initiative importante pour bloquer l’élargissement prévu à la loi canadienne le 17 mars 2027. À cette date, l’aide médicale à mourir serait possible au pays lorsque le seul problème médical sous-jacent d’une personne est une maladie mentale.

Voudrons-nous qu’une jeune femme comme Siska puisse obtenir l’aide médicale à mourir au Canada?

Projet de constitution du Québec : consultation et lettre ouverte

Une éventuelle constitution du Québec devrait-elle aborder la question du « droit à mourir dans la dignité? ». Bien que les communications gouvernementales ne mentionnent que le droit de recevoir l’ « aide médicale à mourir », le projet de loi fait plutôt allusion  au droit de recevoir des « soins de fin de vie » (terme parapluie qui regroupe soins palliatifs, sédation palliative et aide médicale à mourir).

Contrairement à ce qui avait été avancé par quelques médias, nous aurons plus de temps que prévu pour préparer des mémoires en réaction au projet de constitution (jusqu’au 24 novembre, plutôt qu’au 12). Les auditions publiques débuteront le 4 décembre (plutôt que le 25 novembre).

Pour lire le communiqué de l’Assemblée nationale du Québec et les diverses manières de participer à la consultation :

https://www.assnat.qc.ca/fr/actualites-salle-presse/communiques/CommuniquePresse-7511.html

Les interventions publiques sont aussi toujours les bienvenues, comme cette lettre de Monique Khouzam Gendron, « L’aide à mourir, jusqu’où irons-nous? » publiée par Le Soleil et les Coops de l’info le 14 octobre  (on peut lire sa lettre aussi sur sa page Facebook).

Voici le commentaire de notre coordonnateur, aussi publié sous la lettre ouverte du Soleil :

« Selon la proposition mise sur la table (le projet de loi n° 1, Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec), la Charte québécoise des droits et libertés de la personne serait modifiée en ajoutant l’article suivant :

« 39.2. Toute personne, dont l’état le requiert, a le droit de recevoir des soins de fin de vie, sous réserve des exigences particulières prévues par la Loi concernant les soins de fin de vie (chapitre S-32.0001) ».

Toute la communication gouvernementale entourant le projet de constitution (visuels, communiqué, conférence de presse et entrevues) fait pourtant uniquement mention du « droit de mourir dans la dignité » et de « recevoir l’aide médicale à mourir ».

Cette façon de procéder contribue à faire en sorte qu’une majorité de Québécois associent désormais l’aide médicale à mourir à la meilleure façon de mourir dans la dignité (69 % des personnes de 55 ans et plus, selon le sondage Léger « Perception des services de soins de fin de vie », commandé par la Fondation PalliAmi en mars dernier).

Les soins palliatifs sont au cœur de la Loi concernant les soins de fin de vie.

J’invite le ministre Jolin-Barrette et les députés de l’Assemblée nationale à ne pas l’oublier dans leur façon d’aborder le projet de constitution québécoise. »

CIRAMM : Lancement des Groupes de discussion avec des professionnels de la santé concernés par la pratique de l'aide médicale à mourir

Le Consortium interdisciplinaire de recherche sur l’aide médicale à mourir (CIRAMM) lance un appel aux professionnels de la santé, dont le personnel œuvrant en soins palliatifs (médecine, soins infirmiers, travail social, éthique, soins spirituels, etc.) concerné par l’aide médicale à mourir, mais n’y ayant jamais participé ou ayant cessé d’y participer. Nous vous encourageons à prendre part à cette étude sous la responsabilité de Mme Catherine Perron. Pour s’inscrire, complétez le formulaire suivant: https://bit.ly/CIRAMM.

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