Le 3 octobre dernier, une jeune Belge de 25 ans a publié sur
Instagram une longue lettre ouverte qui fait jaser dans les médias flamands.
Comme les principales sources d’information
à ce sujet sont en flamand, voici un résumé produit avec l’aide de ChatGPT et
révisé par notre équipe:
Siska De Ruysscher, 25 ans, a
obtenu l’autorisation d’euthanasie pour souffrances psychiques jugées
incurables après plus de dix ans de traitements infructueux contre une
dépression sévère, un trouble de stress post-traumatique et un trouble de
l’attachement. Elle avait auparavant effectué près de quarante tentatives de
suicide. Son cas, très médiatisé, dénonce les carences du système psychiatrique
belge : délais d’attente, manque de suivi, isolement.
Les partisans estiment que son
choix relève du droit à l’autonomie et que la loi belge encadre strictement ces
situations (plusieurs avis médicaux, procédures longues). Les opposants jugent
qu’à 25 ans, l’incurabilité est difficile à affirmer, et craignent que
l’euthanasie devienne une réponse au manque de soins plutôt qu’à la maladie
elle-même.
Ce cas relance en Belgique le
débat éthique sur la limite entre respect de la liberté individuelle et
responsabilité collective d’offrir des soins psychiatriques réellement
accessibles et efficaces.
RTL info (Belgique) a brièvement abordé la nouvelle en français, mais jusqu’à ce jour, la lettre ouverte de Siska est uniquement disponible en néerlandais sur sa page Instagram.
Comme la jeune femme invite à la partager, nous l’avons traduite pour vous en français et en anglais dans ces documents PDF:
Le récit de Siska doit faire réfléchir les élus canadiens alors que le débat sur le projet de loi fédérale C-218 reprendra à l’automne. Ce projet législatif privé (présenté sous un angle non partisan par la députée conservatrice Tamara Jansen) compte modifier « le Code criminel afin de prévoir qu’un trouble mental n’est pas un problème de santé grave et irrémédiable à l’égard duquel une personne pourrait recevoir l’aide médicale à mourir » .
Une initiative importante pour bloquer l’élargissement prévu à la loi canadienne le 17 mars 2027. À cette date, l’aide médicale à mourir serait possible au pays lorsque le seul problème médical sous-jacent d’une personne est une maladie mentale.
Voudrons-nous qu’une jeune femme comme Siska puisse obtenir l’aide médicale à mourir au Canada?
Voici quelques extraits traduits de ce texte
du quotidien De Morgen :
«J’ai tout essayé pour aller mieux, mais la mort contrôle ma vie» Siska De Ruysscher (25 ans) choisit l’euthanasie en raison de souffrances psychologiques
Selon le professeur Wim Distelmans (VUB), président de la commission fédérale d’évaluation de l’euthanasie, 55 des 3 991 Belges ayant bénéficié d’une euthanasie l’année dernière ont souffert de souffrances psychiques liées à une affection psychiatrique ou somatique.
Parmi ce groupe, cinq avaient moins de 30 ans. Les deux plus jeunes avaient 21 ans. « Surtout en ce qui concerne les problèmes de santé mentale, il faut être très prudent jusqu’à 25
ans », explique Distelmans. « Jusqu’à cet âge, le cerveau est encore en développement. »
L’histoire de Siska De Ruysscher ravive le débat sur l’euthanasie pour les souffrances psychologiques. Plusieurs experts s’inquiètent de la demande croissante d’euthanasie chez les adolescents et les jeunes adultes. « Comment concilier souffrances insupportables et désespoir à un moment où le cerveau et l’identité sont encore en développement ? Et comment éviter que les jeunes soient considérés trop tôt comme « complètement finis » ? », demande la psychiatre Griet Van Hoye.
« Un désir de mort mérite d’être reconnu », poursuit le psychiatre. Mais se faire annoncer que l’on a « épuisé tous ses traitements » peut aussi être très dommageable. « Beaucoup de jeunes qui demandent l’euthanasie se sentent inutiles. Ils se détestent, ne font confiance à personne et pensent que le monde serait meilleur sans eux. La dernière chose dont une telle personne a besoin, c’est qu’un médecin confirme son désespoir en lui disant : « Vraiment, il n’y a plus d’espoir pour vous. » Ce dont elle a besoin, c’est de quelqu’un qui lui dise : « Je comprends votre douleur. Vous n’êtes ni fou ni mauvais de ressentir cela. Laissez-moi être à vos côtés, pour que vous n’ayez pas à la supporter seul. »
***
Siska doit recevoir une euthanasie au début novembre. Elle espère que l’indignation ne la concerne pas, mais le système: «Peut-être que je peux encore faire une différence, faire une différence pour les jeunes qui luttent aujourd’hui contre des problèmes de santé mentale.»
Oui, que notre indignation ne se dirige aucunement envers des jeunes comme Siska, mais envers le manque de ressources en santé mentale, dont les limites au Québec et au Canada ressemblent à celles de la Belgique. Dans ce contexte, nous espérons plus que jamais que le Canada choisira la voie du Québec qui a inscrit dans sa Loi concernant les soins de fin de vie qu’un trouble mental ne peut pas être une maladie pour laquelle une personne peut formuler une demande d’aide médicale à mourir.
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Pour entendre Siska à l’émission flamande De Afspraak (mettre les sous-titres avec traduction française):
Résumé des échanges sur la page de la chaîne flamande VRT (page traduite en français par Google).
Lettre ouverte en réponse à cette entrevue par Mileen Janssens, psychologue-psychothérapeute, publiée dans le quotidien De Standaard. Extraits traduits:
Vous avez 25 ans, donc je m’adresse à vous comme à une adulte. J’ai entendu votre témoignage dans De afspraak sur VRT Canvas. Je travaille comme psychothérapeute et j’accompagne des personnes dans des thérapies au long cours. Votre histoire m’est familière. En vous écoutant, j’espère que vous êtes profondément en colère contre l’injustice qui vous a été faite. J’espère que vous avez pu exprimer cette colère, même envers vos thérapeutes. Vous n’avez pas à faire preuve de trop de compréhension quand vous êtes dans la détresse.
En Flandre, il existe un groupe de psychothérapeutes et de psychiatres – dont je fais partie – qui militent pour le maintien de la psychothérapie à long terme. Nous sommes contrecarrés par le gouvernement, sous prétexte d’un manque d’argent. Nous avons donc, depuis une autre position, nous aussi des raisons d’être en colère. Mais comme nous ne sommes pas seuls, nous sommes moins impuissants, et pour nous, les choses paraissent moins désespérées que pour vous.
Il est scandaleux que, dans certaines institutions, les psychothérapeutes ne puissent avoir avec leurs (jeunes) patients qu’un nombre de séances fixé par un protocole, ou qu’une hospitalisation ne puisse durer que le temps prévu par les règlements — sous peine… d’un financement réduit.
Une grande partie de notre précieux temps est consacrée à l’administration : enregistrements, tenue des dossiers, formulaires à remplir. Les personnes (anonymes) qui nous évaluent et décident de nos pratiques semblent croire qu’un acte n’existe vraiment que lorsqu’il est couché sur papier. Nous n’avons réellement eu un entretien avec vous que lorsque nous l’avons consigné, complété, coché, daté, et ainsi de suite. (…)
Vous avez un intense désir de mort. Mais vous voyez aussi, dans l’échec d’un pilier essentiel de notre société — la prise en charge des personnes vulnérables — une raison supplémentaire de cesser de chercher et de vivre. Tout le monde ne fait pas ce choix. Vous ne serez peut-être pas d’accord, mais d’une certaine manière, la société vous rend la chose plus facile, car de plus en plus de jeunes vous précèdent dans cette voie. (…)
OCT
2025
