Appuyés par un grand nombre de citoyens, de médecins et de spécialistes, nous sommes contre l’euthanasie et le suicide assisté. Voici des objections couramment formulées à l’encontre de cette position, suivies d’une réponse. 

La souffrance, la maladie et le handicap ne rendent pas quelqu’un indigne, puisque la dignité humaine fondamentale n’est pas fondée sur l’autonomie.

La dignité humaine est inaliénable, peu importe l’état physique ou psychique de la personne : « Tout être humain, quel qu’il soit, possède une dignité propre, inaliénable, [en un] sens non équivoque : ce qui est au-dessus de tout prix et n’admet nul équivalent, n’ayant pas une valeur relative, mais une valeur absolue. » (Thomas De Koninck, De la dignité humaine, p. 1).

Lorsque les personnes souffrantes ne sont pas accompagnées, soutenues, ce ne sont pas elles qui sont indignes, mais la société ou les proches qui agissent de façon indigne. Dès lors, ce sont les conditions entourant la souffrance qu’il faut modifier.

Donner la mort à la personne vient malheureusement transmettre le message que cette personne n’est pas digne de vivre. Ce message est bien sûr dangereux pour les personnes vulnérables comme les aînés ou les personnes vivant avec un handicap.

Au cours procès Carter, le Canada a présenté un affidavit s’appuyant sur le constat de plusieurs dérives en Belgique, malgré de telles garanties.

En effet, l’expérience des pays qui ont légalisé l’euthanasie montre que les pratiques deviennent vite ingérables, même avec des balises : les protocoles ne sont pas respectés, les consentements non obtenus, les pressions des familles se font fortes et difficiles à gérer. Des personnes qui ne le demandaient pas sont mises à mort.

Un acte aussi grave que de donner la mort nécessiterait une quasi-omniscience et clairvoyance des médecins et des patients, contrôlant parfaitement leurs émotions, les pressions extérieures, et sachant tout ce qui se passera dans le futur. Cela est bien sûr impossible.

La pratique de la médecine nous enseignement que les patients qui expriment le désir de mourir le font le plus souvent parce qu’ils ont besoin de réconfort, qu’ils sont déprimés ou que leurs douleurs et leurs symptômes ne sont pas contrôlés. Pour la très grande majorité, les bons soins médicaux, le traitement de la dépression ou l’approche palliative sont des solutions à leur demande.

De plus, les patients qui demandent à mourir changent souvent d’idée avec le temps, ou à la suite d’un événement particulier, d’une rencontre, prise de conscience, etc. En fait, la demande de mourir provient bien souvent non pas des malades, mais des familles qui sont épuisées ou désespérées; dans bien des cas, lorsque la famille est mieux épaulée, la demande disparaît.

Contre-objection: On devrait quand même changer la loi pour permettre au petit nombre dont les souffrances ne peuvent être prises en charge parfaitement d’avoir recours à l’euthanasie.

Il ne peut y avoir d’exception à la règle de ne pas tuer intentionnellement un innocent, puisque sans cette règle, ce sont les bases même de l’éthique, de la moralité et de la solidarité civique qui tombent. Toute la science politique classique nous informe qu’il ne faut pas modifier la loi pour quelques exceptions.

Cela reviendrait à mettre beaucoup de personnes en danger pour en soulager certains et, ceci dit, avec un soulagement douteux. La liberté des uns s’arrêtent là où elles empiètent sur la liberté, et donc la sécurité, des autres.

Finalement, lorsque la souffrance est grandement intolérable, la mort s’en suit habituellement. Hâter la mort revient à faire perdre à la personne ses derniers moments, qui peuvent être précieux, même dans la souffrance, surtout lorsque cette souffrance est accompagnée.

Si l’AMM n’avait pas été légalisée en premier lieu, il est probable que cette personne n’aurait pas commis ce geste. L’affirmation sous-jacente à l’AMM est le droit au suicide et donc que le suicide est un moyen valable pour mettre fin à ses souffrances.

Le choix de l’aide médicale à mourir ne concerne pas seulement l’individu, il a des conséquences sur toute la population.

D’abord, l’euthanasie et le suicide assisté nécessite la participation directe d’une autre personne, soit le médecin ou le pharmacien. Cette personne est alors impliquée dans un acte grave. Cet acte retentit sur toute la profession et crée des tensions. Comme il est observable, des pressions sont alors exercées sur ceux qui refusent de faire cet acte.

Ensuite, permettre ce choix implique de modifier la loi criminelle. Cela normalise le geste de donner la mort. Certaines personnes sentiront de la pression à se donner la mort, d’eux-même ou de leur famille. D’autres subiront une forme d’euthanasie sans consentement lorsqu’ils seront le plus vulnérables (dans le cas de comas, par exemple). Des personnes lourdement handicapées subiront de la stigmatisation, puisque le message envoyé est que la vie « non autonome » est indigne et ne vaut pas la peine d’être vécue.

De plus, le choix du suicide a des conséquences sur les proches, qui vivent généralement un deuil beaucoup plus difficile.

Nul n’est une île et un choix a toujours des conséquences sur les autres. On ne peut donc justifier une mesure politique seulement avec le critère du libre choix. Dans ce cas, plusieurs gestes répréhensibles pourraient être légalisés. Le critère du bien commun vient toujours balancer celui de la liberté individuelle.