« Assistance médicale à mourir » : le débat français reprend

Mise à jour du 12 février: Retour à l’Assemblée nationale le 16 février et vote le 24 février.

Mise à jour du 23 janvier: Le Sénat français rejette un article-clé pour la création d’un « droit à l’aide à mourir »


Dès le mardi 20 janvier débute les débats au Sénat français sur le projet de loi visant à ouvrir la voie à une forme de mort assistée. Au lieu du nom d’euthanasie comme chez ses voisins belges et néerlandais, cette technique prendrait le nom d’assistance médicale à mourir selon les recommandations du rapport d’une commission sénatoriale publié le 7 janvier dernier (le décryptage complet de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs mérite votre attention).

Parallèlement, les sénateurs étudieront un projet de loi visant à garantir l’égal accès de tous à l’accompagnement et aux soins palliatifs.

Extrait du décryptage.

Comme l’AMM proposée ressemble sous plusieurs aspects à l’aide médicale à mourir au Québec, il n’est pas étonnant que les médias français s’intéressent à notre situation.

Aujourd’hui, Le Journal du Dimanche publie en ligne le texte 
Légalisation de l’euthanasie : ce que nous enseigne l’exemple québécois (derrière mur payant).

La journaliste Elisabeth Caillemer y présente un portrait juste de la situation, dix ans après l’entrée en vigueur de la Loi concernant les soins de fin de vie. Extraits des témoignages de :

– Nicolas Bergeron et Noémie Cloutier
(…) après la visite d’une travailleuse sociale de l’hôpital venue rencontrer Nicolas, 46 ans, atteint d’un cancer de stade 4. « Elle m’a parlé d’emblée de l’AMM en me tendant un dossier à remplir, raconte-t-il au JDD. Elle répétait en boucle : “Si vous ne signez pas maintenant, vous allez souffrir et mourir dans des conditions atroces, en vomissant des selles sur une civière. Alors que si vous signez, on peut régler ça facilement.” » Le couple, qui n’est pourtant pas opposé par principe à l’AMM, dit avoir été ébranlé. « Oui, la maladie est incurable, mais Nicolas veut vivre. Il répond bien à la chimiothérapie. Nous avons plein de projets. On ne sait pas s’il lui reste des mois ou des années, mais ce temps-là est précieux », estime Noémie, avant d’ajouter : « On n’avait jamais réalisé qu’il pouvait y avoir des dérives dans l’application de l’AMM. On nous la présente comme quelque chose de très romantique. Mais on peut aussi aider les gens à vivre dans la dignité. »

– Jonathan Marchand
Même constat du côté de Jonathan Marchand, 49 ans, Québécois atteint de dystrophie musculaire et lourdement handicapé. Lui aussi décrit un basculement profond dans la manière dont les personnes handicapées sont considérées : « L’aide à la vie était déjà difficile à obtenir. Aujourd’hui, lorsqu’une personne handicapée exprime sa détresse face au manque de soutien, une travailleuse sociale ou une infirmière peut arriver en moins de 24 heures pour proposer de signer les formulaires de l’aide médicale à mourir. » Jonathan, qui a récemment alerté les Français dans une vidéo sur les réseaux sociaux, dit avoir été confronté, à plusieurs reprises, à des propositions d’euthanasie qu’il n’avait jamais sollicitées : « Quand on est handicapé, on vous fait comprendre que votre vie est une option, pas une évidence. »

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La semaine dernière, c’était le quotidien en ligne français Mediapart qui partageait un dossier sur l’aide médicale à mourir au Québec.

On y retrouve derrière un mur payant les témoignages de Michel-André Robillard (1949-2025), Annie Le Bel, Georges L’Espérance, Lucie Poitras, Trudo Lemmens, Stephen DiTommaso, Linda Gauthier, Ariane Gauthier-Tremblay, Pier-Luc Turcotte, Sandra Demontigny et Félix Pageau.

Notre coordonnateur Jasmin Lemieux-Lefebvre a partagé un article sur LinkedIn avec une citation pour chaque intervenant sélectionné.

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Nous suivrons attentivement le débat français au cours des prochaines semaines.

Nous travaillons activement avec nos alliés pour rappeler que le modèle québécois n’est pas celui à suivre et que donner la mort ne devrait jamais être une réponse à la souffrance vécue par nos concitoyennes et concitoyens. Nul doute qu’un modèle palliatif qui vise à soulager adéquatement les souffrances physiques, psychiques, sociales et existentielles/spirituelles doit être privilégié.

Pour aller plus loin :

Débats de la semaine au Sénat français (lien pour suivre en direct et détails)

La lettre ouverte du jour:
Fin de vie : Michel Houellebecq, Emmanuel Hirsch et Laurent Frémont prennent la plume contre «l’aide à mourir»;

– La mobilisation de l’association Les Éligibles et leurs aidants;

– Vers une légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté ? Les témoignages assemblés par Fondapol.

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