« Le récit selon lequel l’AMM procure toujours une mort paisible et belle est faux. (…) Le consentement éclairé exige la divulgation des complications potentielles et des effets indésirables, et non seulement la promesse d’une mort belle et paisible. »
Nous appuyons cette réaction de la Dre Ramona Coelho au texte à la une du National Post du 3 juin 2026 (à lire sur son compte X).
Voici ci-dessous une traduction en français du reportage paru sous le titre ‘Help me’: When MAiD Goes Wrong.
L’article présente les récits d’une erreur médicale et d’une complication lors de l’administration d’une AMM. Ces exemples mettent à l’épreuve le narratif que l’aide médicale à mourir est toujours synonyme de mort paisible, tout comme ces deux études citées par la journaliste Sharon Kirkey :
1) Médicaments et dosages utilisés dans l’assistance médicale à la mort : une étude transversale (2022)
Version originale en anglais :
https://www.cmajopen.ca/index.php/content/10/1/E19
Extrait : « 41 complications ont été signalées (1,2 % des cas), dont la plupart se répartissent dans l’une des deux principales catégories : difficultés d’accès intraveineux ou perte d’accès intraveineux après le début de la procédure MAiD (23 cas), et délai prolongé avant la mort, nécessitant un second kit (16 cas). Les raisons d’utilisation d’un deuxième kit (par exemple, défaillance d’accès intraveineux, sous-dosage de médicament, gaspillage accidentel ou casse de médicament) n’ont pas été rapportées. »
2) Récits de dignité dans des histoires complexes de deuil en AMM (2025)
Version originale en anglais :
https://muse.jhu.edu/article/979952
Extrait : « L’analyse a identifié 3 récits de dignité dans les récits des participants : le récit de l’AMM digne, le récit de l’AMM traumatique et le récit de l’AMM injuste. (Les deux derniers) offrent des perspectives contraires qui remettent en question l’idée que l’AMM laisse sans équivoque un héritage d’une mort digne et bonne. »
***
Le consentement éclairé ne devrait-il pas inclure la divulgation des issues prévues, dont les risques particuliers ?
Traduction de l'article du National Post
« Aidez-moi » : lorsque l'AMM tourne mal
La mort administrée par un
médecin est souvent présentée comme rapide, paisible et confortable. Pourtant,
les complications potentielles constituent un risque reconnu que certains
experts estiment ne pas être systématiquement abordé avec les patients dans le
cadre du consentement éclairé.
La possibilité d’un « échec de
l’AMM » a été mise en lumière à la suite de reportages concernant le décès, en
2024, de Bradley Stewart, un Ontarien qui a recommencé à respirer après avoir
été déclaré mort par un médecin de famille de London, en Ontario, également
fournisseur d’AMM. Ses frères et sœurs, témoins de cette mort mal gérée, en
demeurent profondément traumatisés.
Le médecin, James Maclean,
n’avait pas administré la séquence habituelle de médicaments et avait quitté
les lieux avant que Stewart ne recommence à respirer.
Cette affaire soulève des
questions sur ce qui peut se produire lorsque l’aide médicale à mourir ne se
déroule pas comme prévu.
Analyse et position d’experts
Selon la Dre Ramona Coelho,
ancienne membre du comité d’examen des décès par AMM du Bureau du coroner en
chef de l’Ontario, aucune procédure médicale n’est exempte de risques ou de
résultats inattendus.
« Pourtant, certains cliniciens
pratiquant l’AMM présentent publiquement ces décès comme étant toujours
paisibles, beaux et exempts de complications. »
Selon elle, cette image idéalisée
ne reflète pas fidèlement la réalité et risque d’influencer les décisions
concernant l’AMM.
Cas du dossier « M. D. »
Un autre dossier examiné par le
Bureau du coroner de l’Ontario décrit le décès d’un homme anonymisé, « M. D. »,
âgé de 87 ans et atteint d’insuffisance cardiaque, qui a prononcé les mots «
Aidez-moi » pendant son AMM en 2023.
Deux évaluateurs avaient conclu
qu’il satisfaisait aux critères d’admissibilité et qu’il souffrait d’un
problème médical grave et irrémédiable.
Le protocole comprenait :
- midazolam (sédatif apparenté au Valium)
- lidocaïne (pour engourdir la veine)
- propofol (induction du coma)
Le midazolam est censé provoquer
une profonde relaxation et souvent le sommeil.
Cependant, durant les trois
premières minutes, M. D. a présenté des signes de détresse physique et
psychologique : gémissements, contractions musculaires et grimaces.
Contrairement à ce qui était
attendu, il n’a pas été suffisamment sédaté et est demeuré conscient.
Il répétait : « Aidez-moi »,
jusqu’à l’administration du propofol.
Le rapport précise :
« Ces circonstances malheureuses
de fin de vie ont causé une profonde détresse à la famille. Ils ont vu leur
père souffrir physiquement et psychologiquement, et ces derniers souvenirs les
accompagnent encore. »
Analyse des complications
L’enquête du coroner a conclu que
l’explication la plus probable était une réaction inattendue au midazolam. Dans
de rares cas, ce médicament peut provoquer une réaction paradoxale : rigidité
des membres, accélération du rythme cardiaque, secousses ou spasmes
musculaires, plutôt que la sédation attendue.
La famille souhaitait que cette
expérience soit communiquée aux fournisseurs d’AMM afin que tous les effets
indésirables possibles soient discutés avec les patients avant la procédure.
Données et études citées
- Dans un sondage auprès de 335 médecins urgentistes
canadiens, trois ont rapporté avoir vu des patients en urgence après un
échec d’accès intraveineux lors d’une tentative d’AMM.
- Une étude de 2022 portant sur 3 557 décès par AMM
en Ontario et à Vancouver (2016–2020) a recensé 41 complications (1,2 %),
notamment :
- difficultés d’accès intraveineux
- délai prolongé avant décès nécessitant une seconde
trousse de médicaments
Les décès survenaient
généralement entre 3 et 15 minutes après la première injection, avec des
extrêmes allant de 1 à 127 minutes.
- Une autre étude qualitative portant sur cinq
familles ayant vécu un deuil complexe après une AMM a montré des
expériences contrastées, remettant en question l’idée d’une mort
systématiquement paisible et digne.
Cas Bradley Stewart
Bradley Stewart, surnommé «
Stewie », était un homme très engagé dans sa communauté, membre actif d’une
église baptiste et de la Légion locale de Beachville (Ontario).
Après un diagnostic de cancer du
foie en 2023, il choisit l’AMM.
Sa sœur raconte :
« Il pensait qu’il existait une
meilleure façon de mourir grâce à l’AMM. »
Déroulement rapporté
Trois jours après un effondrement
lors d’une exposition automobile, Stewart reçoit l’AMM à domicile, entouré de
sa famille.
Le médecin administre le
midazolam puis le propofol. Cependant, il manque le troisième médicament
habituellement utilisé pour paralyser les muscles et arrêter la respiration.
Après avoir été déclaré mort,
Stewart recommence à respirer.
Sa sœur décrit des mouvements
respiratoires d’abord imperceptibles puis de plus en plus visibles.
Le médecin aurait déclaré à son
retour :
« Wow, cela ne m’est jamais
arrivé auparavant. Il respire encore ? »
Il administre ensuite le
médicament manquant avant de déclarer de nouveau le décès.
Impact sur la famille et suite
du dossier
La famille rapporte un
traumatisme important :
« Traverser une AMM et perdre
quelqu’un deux fois en l’espace de quelques heures, c’était trop. »
Elle critique également la
gestion disciplinaire du médecin, qui aurait été soumis à des mesures
volontaires plutôt qu’à une audience formelle, malgré des préoccupations
professionnelles antérieures.
Le Dr Maclean n’a pas commenté,
invoquant la confidentialité des procédures disciplinaires.
JUN
2026
