Énoncé de position de l’Association internationale pour la prévention du suicide sur le suicide assisté et l’euthanasie (décembre 2025)

Voici une traduction française non-officielle de l’énoncé original du 1er décembre 2025, en anglais
https://www.iasp.info/2025/12/01/iasp-position-statement-on-assisted-suicide-and-euthanasia

L’Association internationale pour la prévention du suicide (AIPS) se consacre à la prévention du suicide et des comportements suicidaires ainsi qu’à l’atténuation de leurs conséquences. Le suicide est l’acte de poser intentionnellement un geste pour se donner la mort. Ces gestes (« tentatives de suicide ») comprennent un large éventail de comportements, dont certains impliquent d’autres personnes, notamment en les amenant à provoquer la mort (par exemple, provoquer délibérément un policier armé).

L’AIPS s’intéresse également à la prévention des comportements d’automutilation, qui peuvent survenir sans intention de mourir, qui peuvent être difficiles à distinguer d’actions intentionnelles visant à se tuer, et qui constituent néanmoins un facteur de risque de suicide.

À l’heure actuelle, un nombre croissant de pays et de juridictions légalisent et encadrent le suicide assisté, l’euthanasie, ou les deux pratiques (parfois appelées « aide médicale à mourir », « mort médicalement assistée », « aide médicale à mourir administrée par un médecin » ou des termes semblables).

Le suicide assisté survient lorsqu’un professionnel de la santé fournit à une personne qui en fait la demande les moyens — généralement des médicaments prescrits — pour qu’elle s’administre elle-même la substance afin de mettre fin à sa vie.
L’euthanasie survient lorsque le professionnel de la santé administre directement la substance létale.

Il existe un fort potentiel de chevauchement ou d’équivalence entre ce que nous considérons comme le suicide et l’euthanasie et le suicide assisté (EaAS), particulièrement lorsque ces pratiques ne sont pas limitées à la fin de vie et sont offertes à des personnes atteintes de conditions chroniques pour lesquelles le décès n’est pas imminent.

La recherche et l’expérience clinique indiquent que, même lorsqu’une personne vit avec une maladie ou une situation jugée irrémédiable, il demeure possible de prendre des mesures pour soulager la souffrance et répondre aux raisons qui motivent le désir de mourir. Même lorsque la situation semble désespérée, des décès prématurés peuvent être évités.

La position de l’AIPS est la suivante :

  1. Les juridictions qui envisagent de légaliser ou d’élargir l’accès au suicide assisté et à l’euthanasie devraient consulter de façon significative des experts et des organisations en prévention du suicide afin d’évaluer soigneusement les préoccupations liées au chevauchement avec ce que l’on considère habituellement comme le suicide. Ces préoccupations devraient influencer de manière importante la prise de décision.

  2. Les juridictions qui légalisent et encadrent le suicide assisté et l’euthanasie doivent s’assurer que d’autres moyens de soulager la souffrance physique et émotionnelle — y compris de meilleurs soutiens psychosociaux et matériels, des services de santé mentale et des soins palliatifs — sont systématiquement offerts et accessibles. La mort ne devrait jamais remplacer des soins et un soutien adéquats.

  3. L’AIPS s’engage à collaborer avec des partenaires en prévention du suicide, en soins palliatifs et de fin de vie, ainsi qu’avec les services médicaux, psychiatriques et psychosociaux, les décideurs publics, les gouvernements et les autres parties prenantes.

    L’AIPS soutient que :
    a. Toute personne qui envisage de mettre fin à sa vie ou de demander que d’autres le fassent devrait avoir accès à des évaluations et à des interventions de haute qualité en prévention du suicide, peu importe ses difficultés, sa situation ou son admissibilité à l’euthanasie ou au suicide assisté.
    b. Toutes les personnes et organisations œuvrant en prévention du suicide doivent s’efforcer d’offrir la même qualité d’aide et d’intervention à toute personne exprimant le désir de mourir, peu importe les moyens envisagés ou la nature de sa situation. Dans notre travail, nous ne devrions jamais considérer qu’il existe une catégorie de personnes qui seraient « mieux mortes » et les encourager à choisir la mort comme solution à leurs problèmes.
    c. Les intervenants en prévention du suicide devraient recevoir une formation en soins palliatifs et en soins de fin de vie, afin d’offrir du soutien aux personnes atteintes de maladies graves, chroniques ou terminales, ainsi qu’aux personnes vivant avec des handicaps ou des limitations fonctionnelles.
    d. Les personnes travaillant à l’évaluation des demandes d’euthanasie et de suicide assisté, en soins palliatifs et de fin de vie, ou auprès de personnes atteintes de maladies graves, chroniques ou terminales, ainsi qu’auprès de personnes vivant avec des handicaps ou des limitations fonctionnelles, devraient recevoir une formation de qualité en évaluation, prévention et intervention en matière de suicide.

  4. L’AIPS encourage et soutient la recherche sur la relation entre le suicide et le suicide assisté et l’euthanasie, ainsi que sur les meilleures pratiques en matière d’évaluation et d’intervention en prévention du suicide auprès des personnes souffrant de conditions médicales jugées irrémédiables, de même que sur les normes éthiques applicables à ces populations.

  5. L’AIPS est préoccupée par le fait que, selon la recherche actuelle, il est impossible de prédire avec fiabilité quelles personnes vivant avec un trouble mental auront un pronostic défavorable ou sans espoir, et lesquelles connaîtront une amélioration importante, avec ou sans traitement. Par conséquent, l’accès au suicide assisté et à l’euthanasie ne devrait pas être permis lorsque la souffrance est uniquement liée à un trouble mental.

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